La relecture du manuscrit
Je vous laissais la semaine dernière avec ma routine d’écriture. Et comme je le disais, en cinq mois environ, j'ai terminé l’écriture de mon premier roman. À ce moment-là, on m’a beaucoup demandé comment j’estimais que mon livre était fini… Question difficile, mais j’avais la sensation d’être arrivée au bout de ce que je pouvais raconter sur mes personnages, j’avais vraiment l’impression qu’ils n’avaient plus rien à dire d’intéressant, que leur histoire devait s’arrêter là, au risque de déborder et de m’éloigner de l’intention initiale.
Alors une fois cette première version terminée, je l’ai relue, j’ai réécrit, corrigé plusieurs phrases, plusieurs chapitres, j’ai même demandé à un proche de lire le manuscrit pour vérifier la cohérence globale : mon histoire tient-t-elle la route ? Les personnages sont-ils crédibles ? Les péripéties sont-elles plausibles ? … Parce que quand on a la tête plongée dans l’histoire, au bout d’un moment on ne voit plus ce qui cloche : des dates qui ne correspondent pas, des répétitions un peu pénibles… ce regard extérieur m’a beaucoup aidée.
J’aurais pu, peut-être même dû, le faire lire à quelques autres bêta-lecteurices mais je n’ai pas osé, j’avais peur d’être jugée, de la critique. J’avais vécu pour ce livre une demie-année, il faisait partie de mon quotidien, de ma vie et j’étais terrifiée à l’idée que des proches puissent l’évaluer. Alors j’ai préféré me tourner vers une personne totalement extérieur, une personne que je ne connaissais pas, et surtout une professionnelle, habituée à l’exercice de lecture/relecture. J’ai donc fait appel au service éditorial de l’école Les Mots. J’ai envoyé mon livre puis j’ai attendu. J’ai attendu, attendu… plusieurs mois, le temps nécessaire à Charlotte Milandri pour correctement lire mon livre (et tous les autres car nous sommes très très nombreuses et nombreux à écrire des livres). Elle m’a finalement répondu et fixé un rendez-vous à Paris dans les locaux de l’école.
J’ai donc pris le train un matin, fébrile, terrorisée à l’idée qu’elle puisse me dire que mon livre ne valait rien. Oui j’en étais là, convaincue que ce que j’avais écrit était nul, archi nul et que l’histoire n’intéresserait jamais personne (comment ai-je pu croire l’inverse ?). Bref, il semblerait que cet état de doute extrême soit assez commun chez les personnes qui écrivent des livres. Arrivée à Paris, je me suis rendue au 4 rue Dante dans le 5ème arrondissement de Paris. C’était en avril 2024. Il faisait beau, les rues étaient bloquées pour un événement officiel, je ne sais plus lequel, le monde extérieur n’avait pas vraiment d’importance pour moi à ce moment-là. J’étais concentrée sur mon rendez-vous et je me préparais mentalement aux critiques à venir. Je suis arrivée à l’heure, ce qui est assez étonnant me connaissant, puis Charlotte s’est présentée, on s’est installées face à face dans une pièce fermée, elle a sorti devant moi le manuscrit annoté, a plongé ses yeux dans les miens — j’étais complètement intimidée — avant de me demander :
“Quelle est l’intention de votre manuscrit ?”
“Je voulais raconter le gaspillage textile, les conséquences pour un pays comme le Ghana, notre prise de conscience nécessaire ici en France, et j’ai voulu le faire avec la fiction, car ça fait 5 ans que je travaille sur ses problématiques en tant que journaliste et je crois que la fiction peut être un puissant levier”.
“Oui, votre intention était assez claire dans votre livre”
Okay, première étape validée. Ensuite, et je crois que j’ai encore beaucoup de mal à y croire, Charlotte a complimenté mon texte, et en complimentant mon manuscrit elle a validé des mois de travail, des mois de doutes et de remise en question. À ce moment précis, seuls ses mots comptaient et sa validation professionnelle m’a énormément rassurée. Bien sûr, elle avait aussi des remarques, notamment sur la relecture et l’approfondissement d’un personnage. Elle m’a conseillé de relire mon texte comme je relirais un scénario, en annotant les phrases, les scènes, les mots, en écrivant mes remarques, mes ressentis dans la marge. Elle m’a également conseillé de retravailler un personnage (je vous en parlais déjà dans une précédente newsletter) et d’approfondir deux scènes. Deux scènes difficiles, difficiles à écrire et difficiles à lire.
Pendant quelques mois j’ai donc relu mon manuscrit de façon active, en traquant tous les petits détails, j’ai également réécrit les deux fameuses scènes. Je ne pensais pas pouvoir décrire encore plus précisément ces deux moments charnières de mon livre mais Charlotte m’a poussée dans mes retranchements.
À la fin de ces quelques mois de travail, j’ai renvoyé la deuxième version du manuscrit à Charlotte. Puis en septembre, elle m’a fixé un nouveau rendez-vous… Que s’est-il passé lors de cet échange ? La suite au prochain numéro de la newsletter.
📚 J’emporterai le feu — Leïla Slimani
Avec J’emporterai le feu, Leïla Simani clôture sa magnifique trilogie du Pays des autres. Dire que j’ai aimé ce livre serait loin de lui rendre l’hommage qu’il mérite. Ce livre est d’une poésie et d’une puissance inégalées, d’une écriture magnifique comme seule Leïla Slimani en est capable.
Cette fresque familiale, sous le soleil du Maroc, est magnifique. Dans ce dernier tome, nous suivons les péripéties des petits-enfants, soit la troisième génération de la famille Belhaj, découverte dans le premier livre. Mia et Inès sont nées dans les années 1980 et cherchent à être libres, comme leur grand-mère Mathilde ou leur mère Aïcha avant elles.
Ce roman c’est l’histoire de deux soeurs qui doivent affronter les préjugés et le racisme, c’est aussi l’histoire d’un exode, de la solitude cherchée ou subie, et de trouver sa place dans une société qui en laisse peu aux femmes.
J’ai lu la dernière page avec tendresse et fermé le livre avec nostalgie, triste de laisser dernière moi cette famille qui m’a accompagnée ces dernières années. Si vous n’avez pas encore lu ce roman je vous envie, encore plus si vous n’avez pas encore débuté la trilogie. Je ne peux que vous conseiller de vous y plonger immédiatement, et je vous souhaite un agréable voyage au Maroc en compagnie de la famille Belhaj… Et si vous connaissez déjà ces livres, dites-moi ce que vous en avez pensé !
Merci de m’avoir lue jusqu’ici. Si vous avez des questions ou des recommandations n’hésitez pas à m’écrire en répondant à cette newsletter, je vous lirai et vous répondrai avec plaisir.
À bientôt,
Chloé